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L’ACCÈS DISTANT


::: Accès distant :::

Nous avons évoqué les réseaux locaux et les principes d'interconnexion de ces réseaux avec des ponts, des routeurs et des passerelles. Nous avons vu que cette interconnexion pouvait se faire entre des sites distants mais nous avons vu aussi que les réseaux utilisés fonctionnaient selon des protocoles différents et que routeurs et passerelles pouvaient seuls assurer le dialogue entre réseau local (LAN) et réseau distant (WAN). Nous allons dans ce chapitre étudier les technologies et protocoles propres à ces réseaux distants, qui vont permettre de relier entre eux les différents sites d'une entreprise géographiquement dispersée. Nous découvrirons que l'exigence de cette interconnexion est née bien avant l'émergence des réseaux locaux, à l'époque de l'informatique transactionnelle centralisée. Les insatisfactions engendrées par les solutions de l'époque ont permis des avancées technologiques dont bénéficient aujourd'hui les entreprises pour la constitution de leur intranet.

A quoi cela sert ?

Paradoxalement, les problématiques d'accès distant ont été prises en compte avant celles des interconnexions locales qui ne trouveront de solutions satisfaisantes qu'avec les réseaux locaux de PC dont nous avons longuement parlé.

Lorsque les ordinateurs sont apparus dans les entreprises, la mise en place d'applications (comptabilité, paie, ...) ont conduit à l'organisation de procédures de circulation des documents qui, bien qu'elles ne mettaient pas en oeuvre les techniques des télécommunications, dressaient déjà la carte d'un réseau.

La collecte de l'information était assurée dans les différents services au moyen de bordereaux qui étaient transmis à un atelier spécialisé, où de nombreux employés, qualifiés en tant que "perfo-vérifs", saisissaient une nouvelle fois les informations consignées sur les bordereaux pour les transformer, selon un code précis, en petits trous dans une feuille de carton.

L'ordinateur savait lire ces cartes, décoder les perforations, et assurer les traitements correspondants. Ce cycle était entaché de nombreuses erreurs, qui imposaient un contrôle des données transmises, et plusieurs allers et retours entre le service émetteur et l'atelier de saisie.

Ces procédures étaient longues et coûteuses : quel intérêt de disposer d'un programme assurant le calcul de la paie en quelques minutes si les travaux préliminaires de saisie, de contrôle et de correction exigent plusieurs jours. Les applications basées sur cette organisation étaient dites "batch" (traitement par lots).

Or toutes les entreprises disposaient déjà d'un réseau de communication capable d'acheminer rapidement les informations d'un poste de travail à un autre poste de travail, d'un établissement à un autre établissement : le Réseau Téléphonique Commuté (RTC).

Mais ce réseau, conçu pour transporter la voix humaine, était mal adapté au transport d'informations codées selon les exigences de la technologie informatique.

Cependant, cette contrainte était très faible face à tous les avantages que pouvait présenter le mariage de la technologie informatique et des techniques des télécommunications : la Téléinformatique.

  • Indépendante des aléas de transmission des documents, la Téléinformatique assurait une collecte et une concentration rapides des données vers le centre de traitement ;
  • En permettant la consultation et la modification des fichiers de base à distance, la Téléinformatique garantissait une validation permanente des informations ;
  • La Téléinformatique permettait à l'ordinateur de saisir l'information en tous lieux, sous toutes ses formes ;
  • En permettant un rapprochement permanent avec les Bases de Données de référence, la Téléinformatique assurait une plus grande fiabilité des informations ;
  • En supprimant le support papier qui peut aisément être perdu, détruit ou détérioré, la Téléinformatique évitait la dégradation de l'information.

Pour pouvoir bénéficier de ces avantages, il fallait surmonter la contrainte d'inadéquation du réseau téléphonique au transport de données informatiques.

Comment cela marche ?

Celle-ci impliquait la résolution de deux problèmes :

  • Le réseau téléphonique assure la transmission de signaux analogiques, alors que les signaux informatiques sont des signaux numériques ;
  • Le réseau téléphonique assure la transmission des signaux sur un fil, les uns à la suite des autres, alors que la transmission de données entre un ordinateur et un poste périphérique est assurée en parallèle sur plusieurs fils.

Ce problème a été résolu par le développement d'un petit équipement électronique destiné à s'insérer entre tout matériel informatique et le réseau téléphonique : le Modem.

Grâce aux modems, les réseaux téléinformatiques ont pu se développer, en s'appuyant sur l'infrastructure du réseau téléphonique, déjà très développé. Le marché du modem, devenu aujourd'hui la clef d'accès des accès individuels à l'Internet via le RTC, est toujours très actif.

Nous avons vu dans l'article précédent que les architectures de la décade 1970 étaient toutes organisées autour de l'ordinateur central, considéré en tant que noeud du réseau.

Pour éviter la multiplication des connexions sur le réseau, des dispositifs appelés multiplexeurs et concentrateurs ont été développés. Ces dispositifs sont reliés au réseau via un modem et assurent la gestion d'une grappe de terminaux.

Les premiers périphériques de dialogue, baptisés téléimprimeurs, ont rapidement laissé la place aux terminaux constitués d'un clavier et d'un écran cathodique.

Ces architectures techniques ont permis le développement de nouvelles applications, comme la réservation aérienne, et de refondre les applications anciennes comme la comptabilité pour les faire fonctionner en mode transactionnel.

Accès transactionnel au site central en local et à distance via le RTC

Nous avons vu que le RTC avait permis le démarrage de la Téléinformatique. Malgré ses qualités, celui-ci conservait de nombreuses imperfections dues au fait qu'il n'avait pas été conçu comme réseau de transport de données informatiques :

  • Filtrage dû à la ligne (Affaiblissement, déphasage) ;
  • Bruits ;
  • Ecarts de fréquence ;
  • Distorsions ;
  • Echos et microcoupures.

Ces défauts entraînaient une limitation du débit possible. Il était à l'époque de 9600 bits par secondes (soit, compte tenu des bits destinés à la gestion technique de la transmission, approximativement un débit de 960 caractères). Ce débit implique qu'il fallait deux secondes pour transmettre, sans compression, le contenu d'un écran en mode texte de 24 lignes et 80 colonnes.

L'évolution vers les modes graphiques et les besoins de transfert de gros fichiers ont conduit à rechercher une augmentation des débits possibles. Quatre voies de recherche ont été explorées, toutes débouchant sur des solutions techniques exploitables.

  • Solution 1 : Améliorer le réseau téléphonique et la technologie des modems ;
  • Solution 2 : Abandonner le RTC et construire des réseaux spécialisés pour la transmission de données ;
  • Solution 3 : Court-circuiter le maillon faible du RTC, qui est la "branche du dernier kilomètre", autrement dit la boucle locale qui connecte votre installation au central de commutation dont vous dépendez ;
  • Solution 4 : Essayer d'utiliser au mieux ce maillon faible.

La solution 1 a conduit à la numérisation du réseau (sauf cette fameuse boucle locale) et à l'apparition de nouvelles générations de modems. C'est cette solution que vous exploitez peut être si vous êtes connectés à votre fournisseur d'accès Internet (voir l'article "Internet") via un modem de 56 k (soit 56 000 bits par seconde dans un seul sens). Ce débit représente la limite de cette solution.

La solution 2 a exigé de nouvelles techniques spécialement adaptées à la transmission de données numériques. Une de ces techniques est la commutation de messages : les messages sont découpés, étiquetés, et transportés sur des chemins différents avant d'être réassemblés à l'arrivée. Cette commutation de message s'oppose à la commutation de circuits utilisée classiquement par les centraux téléphoniques. Le premier réseau de ce type implanté en France est le réseau TRANSPAC X25. X25 est le protocole utilisé (les messages sont découpés en paquets).

Les services de Transpac reposent sur l'utilisation du circuit virtuel (relation établie à travers le réseau entre deux abonnés). A la fin des années 80, Transpac comptait près de 100 000 raccordements et transmettait plusieurs centaines de milliards d'octets chaque mois.

Les Systèmes de Gestion de Réseaux propriétaires (c'était avant la généralisation d'IP) des constructeurs informatiques ont rapidement pris en compte ces réseaux spécialisés : SNA d'IBM, disponible en 1974, qui avait intégré le RTC en 1976, intègre X25 dès 1981.

Le réseau TRANSPAC de France Telecom existe toujours, mais les technologies évoluant, X25 (commutation de paquets) va laisser progressivement la place à Frame Relay (commutation de trames) et ATM (commutation de cellules), plus performants et plus compatibles avec les nouveaux protocoles réseaux (IP). Ces solutions offrent des débit pouvant aller jusqu'à plusieurs millions de bits par seconde.

Réseaux spécialisés pour la transmission de données

Nous avons évoqué la numérisation du réseau téléphonique et signalé que la boucle locale avait échappé à cette numérisation. La solution 3 va consister à court-circuiter cette boucle par un circuit numérique pour permettre une liaison entièrement numérique entre les correspondants.

C'est le principe du Réseau Numérique à Intégration de Services (R.N.I.S.) représenté en France par Numeris qui offre pour l'abonné dans sa configuration de base deux liaisons à 64 000 bits par seconde et une liaison X25 à 9 600 bits par seconde. La solution 4 est la plus récente. Elle repose sur une astuce : l'utilisation de la bande passante inoccupée de votre boucle locale pour passer simultanément la voix et la donnée. Ce sont les techniques xDSL dont fait partie ADSL, qui a rencontré un grand succès au cours de ces dernières années.

RNIS et ADSL

Pour assurer l'interconnexion de vos sites distants et leur permettre d'échanger des informations, pour leur permettre de se connecter aux points d'entrée de grands réseaux offrant des services en ligne comme l'Internet, l'EDI, vous avez donc une grande gamme de solutions que nous récapitulons dans le tableau suivant. Vous y trouverez les quatre solutions présentées et une cinquième dont le principe est fort simple (mais fort coûteux) : un fil qui vous réservé est tiré entre vos deux sites. C'est la Liaison spécialisée.

Une autre gamme de solutions est apparue avec les Réseaux Privés Virtuels (VPN) qui étendent le concept de circuit virtuel que nous avons vu avec X25. Elle est particulièrement intéressante au plan des performances (IP avec technologie FR ou ATM) et des coûts grâce à une mutualisation des ressources. Nous consacrerons un chapitre particulier sur ce thème.

Technologie

Principe

Débits
(kilo bits par seconde)

Réseau Téléphonique Commuté

Commutation de circuits. Vous connectez votre installation (PC, routeur d'un LAN) via un modem

56 (dans un sens)

Réseaux spécialisés X25, Frame Relay et ATM

Commutation de messages.
Votre réseau est connecté via un équipement spécialisé (Commutateur X25, FRAD (Frame Relay Access Device), etc.

X25 (9, 6 à 2 000)
FR (64 à 8 000)
ATM (256 à 100 000)

RNIS

Commutation de circuits. Vous connectez vos équipements analogiques et numériques à une régie numérique.

2 canaux à 64 + 1 ligne X25 à 9,6.
Possibilité de grouper les lignes pour des débits plus élevés.

ADSL

Commutation de circuit. Vous connectez votre téléphone et votre PC (ou le routeur de votre LAN) à un boîtier qui assure la connexion avec la boucle locale.
Eligibilité géographique : Votre central doit être équipé et vous ne devez pas en être trop éloigné

500 à 1000 nominal (trafic descendant)

Liaison spécialisée

Une ligne permanente et privée est tirée entre vos sites

A partir de 64 jusqu'à plusieurs milliers. Le débit choisi sera fonction de l'importance du groupe de travail et des usages

Combien cela coûte ?

Nous reprenons notre tableau avec les coûts :

Technologie

Coûts

Réseau Téléphonique Commuté

Modem (40 à 80 €)
Abonnement chez un opérateur.
Coût d'un appel téléphonique (fonction de la distance et du temps) lors des connexions.

Réseaux spécialisés X25, Frame Relay et ATM

De multiples formules adaptées à la taille et à la topographie de l'entreprise.

RNIS

Modem RNIS (60 à 120 €) ou routeur RNIS (300 €)
Abonnement RNIS (20/25 € HT/mois), coût d'un appel téléphonique local lors des connexions

ADSL

25 à 100 € par mois selon débit et qualité de service, incluant le modem ADSL.
Exemple ADSL Pro de France Telecom, adaptée pour un usage multi-postes ciblant les professionnels équipés d'un petit réseau local (10 à 15 postes de travail) avec un routeur Ethernet/ ATM.
Débit des connexions de 1 Mbit/s IP crête dans le sens descendant et 256 kbit/s dans le sens remontant.

  • Frais d'accès au service : 179,40 EUR TTC
  • Abonnement au service : 80,13 EUR TTC/mois
  • Location du modem : 6,81 EUR TTC/mois

Liaison spécialisée

Coût : variable selon la distance et les débits (donc très élevé pour un gros débit sur une courte distance). Le tarif inclut des frais d'établissement par extrémité (500 à 2500 €) et un abonnement mensuel tenant compte de la distance et du débit).

Solution réservée aux groupes de travail relativement importants du fait du coût élevé. Le montant des dépenses doit être justifié par une utilisation importante d'Internet.

Principal avantage: la connexion est permanente, il n'y a pas de frais de communication à payer en plus de la location de la ligne spécialisée (dite aussi de ce fait liaison louée).

Comment font-ils ?

Les critères de choix qui doivent être pris en compte dans le choix d'une solution :

  • Nombre de sites. Evolutivité ;
  • Matrice des flux propres à chaque site en fonction du nombre de postes et des usages associés à ces postes (applications métier en mode transactionnel, décisionnel en mode conversationnel, transfert de fichier, messagerie, fax, internet, intranet, EDI, etc.) ;
  • Protocoles à supporter -poids existant si conservé-) ;
  • Débits proposés ;
  • Equipements proposés ;
  • Principes de tarification ;
  • Niveaux de performance ;
  • Sécurité offerte ;
  • Applicatifs gérés ;
  • Garantie de disponibilité ;
  • Nature des services offerts (secours, administration, etc).

L'entreprise qui interconnecte l'ensemble de ses sites au moyen des diverses solutions techniques, que nous avons recensées, a aujourd'hui tout intérêt à faire le choix d'uniformiser son protocole réseau sous la bannière IP et d'implanter les différents services que propose la technologie de l'Internet (voir l'article dédié à ce thème) : serveurs http (web) et ftp, messagerie, forums, etc.

Elle constitue alors ce que l'on va appeler un Intranet.

Cet Intranet va devoir gérer une nouvelle problématique d'accès distant, celle des salariés nomades et des sociétés partenaires dans le cadre d'un Extranet.

Le serveur d'accès distant est le point d'entrée d'un Intranet pour ces populations. Le rôle du serveur d'accès est de traiter les appels entrants dans l'optique de connecter un utilisateur au réseau interne. C'est la même exigence que celle des fournisseurs d'accès qui doivent connecter leurs abonnés au réseau Internet.

L'architecture de ce serveur dicte le nombre d'accès simultanés selon le nombre d'interfaces et les moyens de se connecter. Certains serveurs d'accès distants supportent un panachage de modems et de cartes RNIS. D'autres proposent des cartes numériques capables de traiter tous types d'appels.

Comment cela va évoluer ?

Les solutions RTC et Liaisons spécialisées ne vont pas évoluer à court terme

Il existe un projet RNIS Large Bande mais les technologies xDSL (ADSL, SDSL) semblent plus prometteuses pour tirer le meilleur parti du Réseau Téléphonique Commuté.

Les réseaux spécialisés en transmission de données vont continuer sur la base des technologies Frame Relay et ATM car ce sont des protocoles de bas niveau compatibles avec IP, ce que n'est pas X25 qui joue lui aussi dans la cour des protocoles dits "de réseau". Ils intègrent donc la technologie IP, se préparent à IPV6 mais offrent déjà des solutions pour gérer la Qualité de Service avec des technologies comme MPLS. L'offre commerciale de ces réseaux va de plus en plus s'orienter vers des services à valeur ajoutée autour du concept de Réseau Privé Virtuel.

Les réseaux métropolitains basés sur des anneaux en fibre optique pourront offrir des solutions intéressantes pour les entreprises ayant de multiples sites sur une même zone d'activités.



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